Le Cameroun célèbre ce 20 mai la fête de l’unité nationale. Comme chaque année, les discours vont parler de paix, de vivre-ensemble et de solidarité entre les peuples. Mais cette année, derrière les fanfares et les défilés, une autre voix monte doucement depuis l’Est du pays. Une voix fatiguée. Une voix qui demande simplement d’être entendue.
L’Est du Cameroun ne cache plus son malaise.
Cette région donne beaucoup au pays. Le bois. L’or. Les mines. Les forêts. Des richesses immenses. Pourtant, sur le terrain, beaucoup de populations ont le sentiment de vivre loin du développement promis depuis des années.
Dans plusieurs localités, les routes restent difficiles. Le chômage des jeunes grandit. La sous-scolarisation continue de toucher des familles. Beaucoup de jeunes rêvent de partir. Non pas parce qu’ils n’aiment pas leur région. Mais parce qu’ils ont le sentiment que les opportunités passent toujours ailleurs. Et après la présidentielle de 2025, ce malaise s’est encore aggravé.

L’Est a aussi connu ses secousses. Des tensions. De la colère. À Mandjou, le nouvel hôtel de ville a été réduit en cendres pendant les violences post-électorales. À Bertoua II, des actes de vandalisme ont également été signalés à plusieurs endroits. Ces événements ont choqué. Mais derrière les flammes et les dégâts, beaucoup ont surtout vu le signe d’un ras-le-bol profond. Une partie de la jeunesse de l’Est voulait envoyer un message. Un message dur. Un message dangereux aussi. Celui d’une région qui estime ne plus être regardée à la hauteur de ce qu’elle apporte à la nation. Car dans l’Est, beaucoup pensent que le problème dépasse les élections.
Le vrai problème, selon plusieurs voix locales, c’est le sentiment d’être toujours en retrait dans les grandes décisions. L’impression d’être utile quand il faut exploiter les richesses, mais moins visible quand il faut partager les responsabilités.
Aujourd’hui, l’attente est donc forte autour du nouveau gouvernement annoncé par le chef de l’État.
Dans l’Est, nombreux sont ceux qui espèrent une représentation plus forte. Pas seulement symbolique. Une vraie considération politique. Une présence plus visible dans les postes stratégiques de l’État. Beaucoup parlent aussi des directions générales, des grandes administrations, des sociétés publiques et des nominations importantes qui restent attendues.

La région rappelle souvent qu’elle a déjà une femme vice-présidente du Sénat. Mais pour beaucoup de jeunes, cela ne suffit plus. L’Est veut davantage. L’Est veut voir ses fils et ses filles accéder aux postes où les décisions se prennent réellement.
Et surtout, l’Est veut qu’on fasse confiance à sa jeunesse.
Parce qu’aujourd’hui, dans plusieurs villes de la région, des jeunes diplômés restent sans emploi pendant des années. D’autres abandonnent l’école très tôt faute de moyens ou d’encadrement. Beaucoup grandissent avec le sentiment que leur avenir dépend plus des relations que du mérite
Cette frustration est devenue un vrai sujet politique.
Le plus dangereux dans une nation, ce n’est pas seulement la pauvreté. C’est quand une population commence à croire qu’elle ne compte plus assez dans le projet national.
Le thème choisi cette année parle d’unité nationale comme socle du développement. Mais il sera difficile de parler d’unité forte si certaines régions continuent de se sentir faibles dans la République.
L’Est ne demande pas un privilège. L’Est demande une reconnaissance. Une reconnaissance à la hauteur de ses efforts, de ses ressources et de sa contribution au Cameroun.
Ce 20 mai doit donc être un moment de vérité. Pas seulement une fête. Le moment de regarder les frustrations en face. Le moment de réparer certaines fractures avant qu’elles ne deviennent plus profondes.
Parce qu’un pays reste uni quand chaque région sent qu’elle avance avec les autres. Pas derrière les autres.
Bossis EBO’O, Directeur de Publication d’Actualités de l’Est